Donner de la tête contre la protraction cervicale

Vos soins cervicaux plafonnent? Vos clients se sentent beaucoup mieux dans les jours suivant votre intervention, mais la douleur récidive promptement? Est-ce que la posture de ceux-ci ressemble à celle de M. Burns (ici à droite)? Si vous avez répondu oui à ces trois questions, penchons-nous sur la protraction cervicale.

Définition de la protraction cervicale

Cette adaptation posturale se caractérise simplement par un centre de gravité crânien débalancé vers l’avant. Certains auteurs exigent toutefois que les arches zygomatiques se trouvent à une distance minimale devant la fourchette sternale afin de conclure à une protraction cervicale.

Le phénomène débute par un effet domino prenant naissance à C7-D1 où, étage par étage, les vertèbres se laissent tomber en flexion, amenant du même fait le regard vers le plancher des vaches. Puisque le système nerveux préfère que l’on regarde devant soi plutôt que d’avoir le regard rivé au sol, il se réveille au moment où la flexion demande à C3 et à C1 de s’incliner. Prenant conscience de cette chute libre cervicale, il martèle avec insistance le frein. Les extenseurs de la tête s’activent alors en contre-ballant et entraînent une hyperextension occipitoatloïdienne afin de ramener le regard vers l’horizon.

Le phénomène se résume donc en deux mouvements principaux :

  • Une flexion cervicale menant à un effacement de la lordose cervicale;
  • Une hyperextension occipitoatloïdienne.

Rapports de forces impliqués :

  • Fléchisseurs cervicaux hypertoniques provoquant la problématique;
  • Extenseurs cervicaux étirés et épuisés par leurs contractions excentriques nécessaires pour combattre la gravité;
  • Extenseurs de la tête raccourcis et hypertoniques, dû à leur rôle de gyroscope crânien;
  • Fléchisseurs profonds de la tête inhibés qui, avec galanterie, permettent le nivellement de la tête par les suboccipitaux.

Jeune femme de profil ayant la tête et le cou débalancés vers l'avant liée à une protraction cervicale.

Combattre la gravité

Bien qu’initialement la problématique débute avec une flexion cervicale, un intrus intervient rapidement dans l’équation : la gravité. Nous savons que le cou doit supporter dix livres additionnelles par pouce de translation antérieure du crâne. Plus le glissement antérieur augmentera, plus la tête sera tirée vers le bas par la gravité. Une bataille s’entame alors et un cercle vicieux s’en suit.

L’équilibre du segment cervical est maintenu entre autres par les muscles cervicaux postérieurs profonds. Malheureusement pour eux, ils hériteront de la difficile mission de résister à la force grandissante de la gravité causée par le glissement antérieur. Leur mandat se déroule adéquatement jusqu’à ce qu’ils soient privés d’oxygène. En effet, leurs constantes contractions isométriques contrecarrent leur étirement pendant la protraction cervicale, ce qui conduit à une chute de circulation et, donc, à un appauvrissement en énergie. Exténués et incapables d’accomplir leur mission, ils transfèreront alors le flambeau aux muscles cervicaux superficiels.

Toutefois, avec ses fibres à contractions rapides, la musculature superficielle arbore une personnalité plus dynamique et explosive. Celle-ci capitule rapidement face aux efforts constants et de longue durée nécessaires à cette bataille. Gloutons et plus énergivores que nos muscles profonds aux fibres à contractions lentes, les muscles superficiels épuisent promptement leurs ressources et échouent lamentablement dans leur mission de sauvetage. Le fardeau retourne à nos muscules cervicaux profonds qui présentent déjà un état pitoyable.

Pendant ce temps, la gravité entraîne la tête vers l’avant et le bas. Et plus elle migre, plus elle est lourde… Résultat : votre client se présente dans votre bureau avec le cou coulé dans le béton.

Poulies et tir à la corde

Trois jeux de forces de tension et de compressions assurant la stabilisation et l’équilibre du segment cervical méritent d’être soulignés :

  • Les suboccipitaux contre les fléchisseurs profonds de la tête; bref, les obliques inférieurs et supérieurs, et les grands et petits droits postérieurs contre le long de la tête, les grands et petits droits antérieurs, et les suprahyoïdiens;
  • Le splénius de la tête contre le sternocléidomastoïdien;
  • L’élévateur de la scapula contre le scalène antérieur.

C’est bien beau, mais qu’est-ce que je fais avec ça?

La partie facile : relâcher la musculature concentriquement contractée en ciblant d’abord les fléchisseurs cervicaux pour ensuite tourner notre attention vers les extenseurs de la tête.

Ainsi, l’approche locale visera le relâchement des muscles suivants :

  • le sternocléïdomastoïdien;
  • les scalènes;
  • le semiépineux de la tête;
  • le splénius de la tête;
  • le longissimus de la tête;
  • les suboccipitaux.

La partie qu’on oublie souvent : activer les fléchisseurs profonds de la tête pour contrecarrer l’hyperextension occipitoatloïdienne. Il conviendra aussi de renforcir les extenseurs cervicaux pour tirer la tête vers l’arrière et favoriser la réapparition d’une lordose cervicale saine.

Cependant, s’obstiner à travailler ces deux derniers groupes de muscles en relâchement est tentant, mais futile. Nous pouvons, certes, viser à estomper leur mauvaise humeur, mais leur hypertonus n’est qu’un symptôme; une adaptation aux tensions présentes chez les extenseurs de la tête et les fléchisseurs cervicaux. Ce serait comme tenter de défoncer un mur avec sa tête; vous pouvez réussir, mais le tout impliquera un bordel et un méchant mal de tête.

En résumé, l’approche locale visera à activer ou renforcir les muscles suivants :

  • le long de la tête;
  • les droits antérieurs;
  • les suprahyoïdiens;
  • le splénius du cou
  • le longissimus du cou;
  • le semiépineux du cou.

Complications possibles et variables à considérer :

  • habituellement, les extrémités du segment cervical subiront une majorité du stress amené par la protraction;
  • les possibilités de D.I.M (dérangements intervertébraux mineurs) seront favorisées dans les jonctions cervicocrâniennes et cervicothoraciques;
  • la protraction déséquilibrera la répartition de poids sur les disques intervertébraux. Aussi, les multiples contractions isométriques encourues par la protraction contribueront à les compresser, entraînant une malnutrition discale. Le jumelage de ces deux variables prédisposera leur vulnérabilité à toutes discopathies, dont la hernie discale;
  • du même fait, l’augmentation du stress subit par les ligaments prédisposera l’entorse cervicale;
  • qu’elle soit l’origine d’un syndrome descendant ou le terminus d’un syndrome ascendant, la protraction cervicale accompagne communément une rotation interne des têtes humérales et une hypercyphose thoracique;
  • avec les scalènes et le sternocléïdomastoïdien lourdement présents dans la phase initiale de la problématique, le mouvement respiratoire demande investigation;
  • qui dit scalènes et élévateur dit stress;
  • une fibrose s’installera fréquemment à la jonction cervicothoracique afin de mieux enraciner le segment cervical et d’alléger le stress que subit la région;
  • l’hyoïde et ses suprahyoïdes agiront comme un élastique, tirant la mandibule en rétraction et manifestant des symptômes aux temporomandibulaires;
  • les chances élevées de DIM combinées à de fortes tensions musculaires favorisent l’évolution en cervicobrachialgie ou en névralgie d’Arnold, selon l’étage affecté;
  • l’implication des scalènes et de ses confrères muscles inspirateurs laisse prévoir le défilé thoracique.

Enfin, souvenez-vous que la posture n’est que le résultat de forces appliquées sur le squelette : un merveilleux mariage entre l’anatomie et la physique! Si une problématique provient de la rencontre entre une prédisposition et un élément déclencheur, la posture appliquera lourdement son poids dans la catégorie des prédispositions. De plus, le corps sacrifiera toujours son mouvement pour stabiliser une instabilité. Avant de travailler à rétablir l’amplitude, assurez-vous de désarmer les mécanismes de défense présents afin de limiter les risques de fragilisation et de récidive.

Bons soins!

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