Faire danser le twist à la sacro-iliaque

Le bassin raffole de danser le twist. Peu importe ce que vous faites, une fête fait rage dans son esprit. Sa joie de vivre s’empare de lui alors qu’il ne peut s’empêcher de virevolter, de faire le tourniquet et de se contorsionner dans tous les sens au son de cette musique enthousiasmante. À moins que vous marchiez comme un pingouin, même une activité aussi anodine que la marche renferme une panoplie de mouvements pelviens. Malheureusement, rien ne sabote plus rapidement une festivité qu’une douleur perçante. Aujourd’hui, penchons-nous sur un des segments mobiles du bassin, soit la sacro-iliaque.

 

 

Les générateurs de douleur

Les symptômes locaux proviennent habituellement d’influx nociceptifs générés par des structures densément innervées, par exemple :

  • la capsule articulaire, qui peut être compressée, étirée ou un heureux mélange des deux, dépendamment de la position du sacrum et de l’iliaque;
  • le ligament iliolombaire, liant l’épine iliaque postéro-supérieure à L4 et L5, qui peut être inutilement tendu à cause d’une problématique associée à l’une de ces deux vertèbres ou à la sacro-iliaque, engendrant tout un inconfort et pouvant mener à un dérangement intervertébral mineur (D.I.M.). De plus, ce ligament recouvre les racines nerveuses L4 et L5 et peut possiblement les compresser;
  • le long ligament sacro-iliaque postérieur, qui représente la principale liaison entre le sacrum et l’iliaque. Celui-ci déteste d’ailleurs les forces rotationnelles et présente fréquemment une humeur maussade en cas de dysfonction sacro-iliaque.

Pour mieux comprendre nos agents agresseurs pouvant irriter ces structures, partons de la base en étudiant les mouvements du bassin.

Mouvements de la sacro-iliaque

Même si les mouvements de la sacro-iliaque présentent une limitation d’amplitude impressionnante, ceux-ci demeurent capitaux afin d’assurer la bonne santé de la ceinture pelvienne. Nous avons ici deux problématiques possibles pouvant générer nos messages nociceptifs :

  • un mouvement dysfonctionnel martèle sans cesse une de nos trois structures;
  • le sacrum ou l’iliaque devient prisonnier d’une position embarrassante, appliquant une constante tension sur l’un de nos trois agents provocateurs.

Pour les besoins du présent article, nous approcherons la problématique par les mouvements de l’iliaque plutôt que ceux du sacrum. Ces mouvements sont :

  • l’antéversion/rétroversion, c’est-à-dire la rotation horizontale vers l’avant ou l’arrière, où l’iliopsoas et le droit fémoral s’opposent au grand fessier et aux ischios en utilisant le bassin comme une poulie;
  • l’inversion/éversion, où il y a adduction de l’aile de l’iliaque accompagnée d’une abduction de l’ischion lors de l’inversion pour démontrer le contraire en éversion.
  • la rotation verticale médiale/latérale où, lors de la rotation médiale, l’épine iliaque antéro-supérieure se rapproche de la ligne longitudinale. Au même moment, la postéro-supérieure s’éloigne pour effectuer l’opposé lors d’une rotation latérale. La rotation latérale compresse l’articulation sacro-iliaque alors que la médiale la décompresse;
  • l’élévation/abaissement, où il y a translation supérieure de l’iliaque sur le sacrum. Ce glissement non naturel résulte habituellement d’un trauma.

En théorie, lorsque ces mouvements sont isolés, c’est simple; mais en pratique, ceux-ci viennent habituellement en meute. L’antéversion se combine à l’éversion et la rotation latérale, alors que la rétroversion s’unit avec l’inversion et la rotation médiale.

De plus, dans sa grande bienveillance, le corps compense naturellement tout mouvement dans une direction par un autre dans la direction opposée. Il est donc commun d’avoir une iliaque en antéversion accompagnée de l’autre en rétroversion. Souvenons-nous également que le bassin n’est pas qu’un seul morceau : tout mouvement irritant la sacro-iliaque applique généralement un stress similaire à la symphyse pubienne.

Mouvements du bassin et des hanches

D’autre part, notons que tout mouvement de la hanche influence directement l’iliaque. Par exemple, une rotation externe de la tête fémorale rapproche les ischions, favorisant une rotation verticale latérale, alors que la rotation interne prédispose la rotation verticale médiale. Une flexion lancera l’iliaque en rétroversion; une extension, en antéversion.

Puisque les mouvements de l’iliaque sont généralement indissociables, nous pouvons affirmer, par exemple, qu’une hanche en rotation externe invite une antéversion de l’iliaque. Des genoux varum/valgum peuvent donc mener à des douleurs à la sacro-iliaque, en passant par la jambe trop courte, de même que toute affectation de la cheville ou de l’arche plantaire. Les problèmes de bassin deviennent ainsi de beaux casse-têtes.

Stabilisation pelvienne

Bien que le bassin soit ficelé comme un saucisson par un complexe ligamentaire important, un ratio non négligeable de sa stabilité provient de l’action musculaire. Nous pouvons dénombrer quatre sangles stabilisatrices :

  • Longitudinalement, les érecteurs du rachis, particulièrement les multifides, sont continus avec le fascia thoraco-lombaire et les ligaments qu’ils recouvrent. Ils emploient ensuite le ligament sacro-tubéral et le biceps fémoral pour stabiliser le bassin contre la nutation/contre-nutation;
  • Postérieurement, le biceps fémoral, le grand fessier et le grand dorsal controlatéral (du côté opposé) agiront synergiquement en diagonale afin de solidifier la ceinture pelvienne contre les forces de rotation et de torsion. En présence de dysfonction du grand fessier, le piriforme prendra la relève afin de latéralement barrer le sacrum;
  • Antérieurement, les obliques internes et externes controlatéraux s’uniront au transverse de l’abdomen afin d’apporter un support additionnel diagonal à la sangle précédente;
  • Latéralement, les adducteurs, les abducteurs et le carré des lombes résisteront aux forces latérales, en plus de coordonner la latéroflexion pelvienne.

Ainsi, une affectation à l’une de ces structures fragilisera l’ensemble de la ceinture pelvienne. Puis, le corps sacrifiant toujours le mouvement pour la stabilité, les compensations déployées instaureront les premiers pas d’une éventuelle problématique.

Sacro-iliaque et L5

On nous vante fréquemment L5 comme étant la vertèbre la plus délinquante; une Atlas qui supporte le monde sur ses épaules. Cependant, la jonction lombosacrée est bien plus qu’une question de répartition de poids. Nous pouvons y ajouter trois variables génératrices de problèmes.

  1. Le plateau sacré sur lequel repose L5 n’est pas nivelé. Penché vers l’avant, il incite L5 à naturellement glisser en antérieur et se laisser aller en flexion. Pour une vertèbre qui endure soi-disant le poids du corps, son point d’appui se veut plutôt médiocre.
  2. L5 est une indépendante qui boude le sacrum. Il y a donc cisaillement entre le deux. Si le bassin pivote dans une direction, L5 se tournera dans la direction opposée. Par exemple, lorsque vous faites un pas avec la jambe gauche, le bassin fera face vers la droite et L5, la gauche. Par conséquent, une problématique affectant la fluidité et l’efficacité des forces rotationnelles à l’un partagera sa mauvaise humeur à l’autre. Comme la ceinture pelvienne subit énormément de forces rotationnelles, un cisaillement bien huilé évite bien des problèmes.
  3. Comme vu précédemment, le ligament iliolombaire garantit un lien direct entre l’iliaque et L4-L5, permettant une influence d’une structure à l’autre.

Sacro-iliaque et symptômes trompeurs

Dans le cas d’instabilité avec hypermobilité de l’articulation, soyez attentif. Les symptômes se manifestent fréquemment à la sacro-iliaque opposée, où des compensations peinent à stabiliser le bassin sans l’aide du côté instable. Si vous attaquez une sacro-iliaque d’un client et que celle-ci ne cesse de récidiver ou que votre client se présente à son prochain rendez-vous en se plaignant que ses symptômes ont changé de côté, vous êtes probablement tombé dans le piège.

Aussi, les symptômes d’une sacro-iliaque dysfonctionnelle peuvent imiter localement ceux d’une sciatalgie par la proximité des structures complètes avec la présence d’irradiation dans la hanche. Une palpation rigoureuse permettra de bien discerner les structures atteintes.

Approcher une sacro-iliaque dysfonctionnelle

Nous pouvons simplifier notre protocole en quelques étapes :

  1. assurez-vous de la bonne humeur des lombaires et des hanches;
  2. confirmez que le sacrum est bien nivelé;
  3. si l’iliaque est prise dans une position, permettez-lui de revenir au neutre;
  4. investiguez les mouvements de la ceinture pelvienne. Si vous trouvez résistance ou réticence, travaillez-les jusqu’à ce que vous atteigniez une fluidité satisfaisante;
  5. suivez les pistes que vous décelez vers le haut ou vers le bas pour mettre la main sur le mécanisme à la source de la problématique.

Pour conclure, rappelons-nous que le bassin, les hanches et les lombaires forment un triangle amoureux qui se lance la patate chaude. Par conséquent, nous ne pouvons pas approcher une sacro-iliaque problématique sans minimalement épier ce qui se passe chez les deux articulations voisines. En effet, le bassin et la sacro-iliaque se veulent une station de train sur un chemin de fer : les tensions et problèmes provenant des jambes s’y arrêtent avant de continuer leur chemin vers le haut ou, à l’inverse, les problèmes du haut y font escale avant de poursuivre vers le bas. Vous n’avez qu’à observer un danseur de twist : il est difficile de bouger son bassin sans l’aide du bas ou du haut du corps.

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