En massage comme à la guerre

Soyons réalistes. Nous, massothérapeutes et orthothérapeutes, incarnons un mercenaire, une tierce partie que l’on emploie temporairement pour mener une bataille qui n’est pas nôtre en nous envoyant au front pour défendre l’État, le client. Le domaine de la massothérapie étant une méritocratie, notre réputation et notre prospérité dépendent donc de notre capacité à dénicher la victoire dans cet affrontement chaotique tout en répondant aux objectifs fixés par le client. Une complicité entre méthode et discipline est requise afin d’acquérir la constance thérapeutique exigée d’un professionnel.

Afin de minimiser la chance de l’équation, explorons certains concepts clés qui permettent de maximiser notre efficacité.

Ayez un plan

Toute stratégie commence avec un plan. Puisque les victoires se remportent avant le contact avec l’ennemi, une planification rigoureuse se veut essentielle. Avec des objectifs définis, il est plus facile de délimiter le chemin à parcourir afin d’arriver à destination : moins de variables risquent de se faufiler sous votre nez. Cependant, aucun plan ne survie intégralement au contact avec l’ennemi. Ne laissez donc pas ce désir d’encadrement noyer votre créativité. Adapter le plan à la condition du client, qui évolue en parallèle avec la progression du soin, représente une qualité primordiale d’un thérapeute.

Selon L’art de la guerre de Sun Tzu, un amateur sera occasionnellement à la bonne place au bon moment par chance. Un professionnel, lui, le sera à tout coup à la suite de ses calculs et de sa stratégie.

Massage et systèmes

Bien que notre champ d’action vise le système musculaire, le premier système à réagir à notre intervention sera le système nerveux. Inciter un relâchement musculaire ne se produit pas en terrorisant un muscle, mais plutôt en cajolant le système nerveux. Notre travail se raffine alors d’une intimidation du muscle à une négociation avec le système nerveux. Adapter votre approche à cet interlocuteur vous facilitera la tâche et évitera des sueurs à tout le monde. En choisissant les bons mots, la conversation ne devient qu’efficace.

Concentrique vs excentrique

Souvenons-nous que les muscles démontrent deux types de contractions isotoniques : concentrique et excentrique. Dans le premier cas, il y a rapprochement des insertions alors que dans le deuxième, la contraction s’effectue en parallèle à un étirement.

Qu’est-ce que cela signifie pour nous? Lorsque vous décelez des tensions, déterminez quel type de contraction vous confronte. Il est contreproductif de tenter de relâcher une tension excentrique où le muscle sera déjà en position d’étirement si nous travaillons uniquement sur cet aspect.

Par exemple, vous vous êtes sûrement déjà confronté à un rhomboïde entêté à ne pas relâcher. Comme dans les cas fréquents de rotations internes des épaules, le rhomboïde sera excentriquement à bout de bras, combattant une omoplate prise en abduction. C’est pourquoi, dans ce cas, on vous suggèrera fréquemment d’investir tout d’abord votre énergie sur la chaîne antérieure de l’épaule concentriquement contractée. Une fois le relâchement du groupe musculaire antérieur accompli, vous pouvez revenir travailler votre rhomboïde. Cette logique de traitement optimisera vos résultats cliniques.

L’utilisation de propriocepteurs

Un muscle est un subalterne : il ne fait qu’exécuter les ordres du système nerveux. Même avec notre champ d’action musculaire, une communication adéquate avec son supérieur est essentielle. Deux propriocepteurs attirent notre attention :

  • les organes tendineux de Golgi;
  • les terminaisons primaires et secondaires des fuseaux neuromusculaires.

Situés principalement au niveau des tendons, nos récepteurs de Golgi mesurent la force de traction tendineuse. Étirement ou contraction musculaire, ils ne font pas la différence. Comment réagissent-ils lorsqu’adéquatement stimulés? Ils forcent le ventre musculaire à relâcher. C’est ce qu’on appelle un réflexe myotatique inversé.

Quant à eux, nos fuseaux neuromusculaires mesurent l’étirement subit par le ventre musculaire où ils sont localisés. Excessivement stimulés, leur réponse sera un réflexe d’étirement ou réflexe myotatique. En cas d’étirement abusif, ils chercheront à faire contracter le ventre musculaire.

Qu’est-ce que ça signifie pour nous? Vous vous acharnez à faire relâcher un muscle? Allez jouer sur son tendon. Le but de vos manœuvres est de stimuler le tendon pour obliger le ventre musculaire à relâcher lorsqu’il subit le réflexe myotatique inversé. Marteler un ventre musculaire ne résulte souvent qu’à le faire contracter davantage. Cependant, brasser nos fuseaux neuromusculaires pourrait être indiqués si nous cherchons à activer un muscle écartelé excentriquement afin d’employer le réflexe myotatique pour l’aider à reprendre une longueur moins symptomatique.

Pression et rythme

Dans notre jasette avec le système nerveux, nous pouvons jouer sur deux variables : notre pression et notre rythme.

L’efficacité ne sera pas corrélative à la pression employée. Au contraire, une force excessive ne fera que favoriser le déploiement de mécanismes de défense. La raison d’être de notre pression se veut tout simplement d’amener l’attention du cerveau sur une structure précise. Partez doucement et augmentez votre pression au fur et à mesure que le corps vous laisse passer. Si la pression employée vous amène une réaction positive du corps, rien ne sert d’en appliquer davantage. Au contraire, continuez!

Côté rythme, vous ne pouvez avoir de profondeur avec une exécution rapide. Une certaine lenteur crée une stimulation davantage persistante et moins agressive. Laissez le temps au cerveau de capter et réagir aux influx que vous lui envoyez.

Combiner une pression progressive à un rythme lent et passer d’une surface de contact large à précise se comparent à des propos romantiques à l’oreille du cerveau. Il se voit alors beaucoup plus enclin à s’aligner à notre volonté que si vous lui catapultiez des bêtises au visage. De cette façon, l’activation du système parasympathique nous fournira un cheval de Troie, une porte d’entrée maximisant notre impact sur la musculature.

Utilisation d’amplificateurs

Vous désirez vous rendre la tâche encore plus facile? Utilisez un amplificateur.

  • La respiration : le corps tend généralement au relâchement lors de l’expiration.
  • L’étirement post-isométrie : un muscle désire naturellement se relâcher à la suite d’une contraction.
  • L’inhibition réciproque : lors d’un mouvement actif, la musculature antagoniste se laisse commodément étirer afin de laisser passer la contraction concentrique.
  • La conversation : ça peut avoir l’air anodin, mais faire la conversation à votre client pendant que vous jouez sur des cordes sensibles attire son attention sur votre voix plutôt que sur ce que vous effectuez.

Douleur et perception

La douleur n’est qu’une perception, une interprétation du cerveau. Pour obscurcir notre tâche, l’état actuel de nos structures ne se s’aligne pas nécessairement avec ce que notre nociception nous communique.

Cependant, on dit que la perception définit la réalité. Qu’est-ce que cela signifie pour nous?

  • Si votre client affirme que tout va bien, mais que votre palpation et vos instincts soupçonnent le contraire, approchez la structure comme si elle était problématique.
  • Si votre palpation et vos instincts vous disent que tout va bien, mais que le client exprime le contraire, approchez la structure comme si elle était problématique.

Bref, la seconde qu’un des deux partis décèle un symptôme douloureux, prenez en considération qu’il y a une problématique et approchez la structure en conséquence. Ne poursuivez pas obstinément la douleur et les symptômes. Pensez plutôt alignement, équilibre, amplitude et fonction afin d’éviter que le corps de votre client vous tende un piège.

Finalement, terminons avec une rafale de suggestions :

  • Vérifiez en tout temps les agonistes et antagonistes d’un muscle problématique;
  • Ne négligez pas l’aspect psychosocial. Rassurez votre client qu’il est à la bonne place, entre bonnes mains et que tout va bien aller. La confiance demeure un aspect primordial d’une saine relation thérapeute-client. Cependant, soyez capable de supporter vos paroles par vos actes;
  • N’oubliez pas que la douleur est une perception du cerveau et que notre objectif est de le rendre de bonne humeur;
  • Soyez paresseux : utilisez le moins d’efforts pour le maximum d’efficacité. C’est quand nous travaillons avec notre tête qu’un observateur externe perçoit un exploit complexe comme une seconde nature.

Lorsque vous vous embarrez à l’extérieur de votre domicile, plusieurs options s’offrent à vous pour reprendre possession de votre demeure. Vous pouvez briser une fenêtre, défoncer votre porte avec un bélier ou même éventrer votre mur avec un char d’assaut. Peu importe votre choix, votre objectif sera accompli; tout dépend à quel point vous désirez ramasser des pots cassés par la suite. Cependant, il est habituellement plus facile et plus efficace de simplement se servir de la clé dissimulée sous le paillasson.

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